Représentation symbolique de la protection financière familiale face à l'invalidité ou la maladie
Publié le 11 mars 2024

Contrairement à une idée reçue, la pension d’invalidité de la Sécurité sociale ne garantit pas votre niveau de vie ; elle est mécaniquement limitée et crée un « trou de couverture » financier important.

  • La pension de base est calculée sur un salaire plafonné, ignorant vos revenus réels s’ils sont plus élevés.
  • Les prévoyances d’entreprise et assurances emprunteur possèdent leurs propres règles (barèmes, franchises, exclusions) qui ne couvrent pas toujours 100% de la perte.
  • Les indépendants sont les plus exposés et doivent impérativement construire leur propre filet de sécurité via un contrat Madelin.

Recommandation : N’attendez pas l’accident. Auditez dès aujourd’hui vos contrats de prévoyance (entreprise et individuelle) pour quantifier précisément votre perte de revenus et combler les lacunes avant qu’il ne soit trop tard.

L’idée d’un arrêt de travail définitif suite à une maladie ou un accident est une perspective que l’on préfère tous écarter. Pourtant, cette éventualité soulève une question fondamentale et anxiogène : de quoi vivrez-vous ? Spontanément, beaucoup se tournent vers la Sécurité sociale, imaginant un système robuste prêt à prendre le relais. On pense à la pension d’invalidité, aux indemnités, à un filet de sécurité supposé solide. Cette confiance, bien que compréhensible, repose souvent sur une méconnaissance des mécanismes réels et, surtout, de leurs limites.

La protection sociale en France est un édifice complexe, composé de plusieurs étages : le régime général, la prévoyance collective d’entreprise, l’assurance emprunteur de votre crédit immobilier et les contrats individuels. Chacun a son propre rôle, ses propres règles de calcul, ses propres délais de carence et, surtout, ses propres plafonds. Le véritable enjeu n’est pas de savoir si vous serez indemnisé, mais de combien, à partir de quand, et pour combien de temps. La réalité financière de l’invalidité est souvent un choc brutal, car la somme des aides perçues dépasse rarement le salaire net que vous touchiez en activité.

Cet article n’a pas pour but de simplement lister les aides existantes. Son objectif est de vous alerter, chiffres à l’appui, sur les « trous de couverture » qui existent entre ces différents dispositifs. Nous allons décortiquer le parcours financier d’un travailleur devenant invalide, en montrant comment la chute de revenus s’opère mécaniquement. L’objectif est de vous donner les clés pour auditer votre propre situation et prendre les devants, car en matière de prévoyance, l’anticipation n’est pas une option, c’est une nécessité.

Pour comprendre les mécanismes qui régissent votre sécurité financière en cas d’invalidité, nous allons aborder les points essentiels. Ce guide vous expliquera le rôle et les limites de chaque dispositif, de la Sécurité sociale aux contrats privés, afin de vous permettre d’évaluer votre propre niveau de protection.

Catégorie 1, 2 ou 3 : comment la Sécurité Sociale définit-elle votre capacité restante à travailler ?

Lorsqu’un accident ou une maladie non professionnelle réduit durablement votre capacité de travail, la première étape administrative consiste en une évaluation par le médecin-conseil de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM). L’objectif n’est pas de juger de votre aptitude à reprendre votre ancien poste – une notion qui relève du droit du travail et de la médecine du travail (l’inaptitude) – mais d’évaluer votre capacité de gain sur le marché du travail en général. Cette distinction est fondamentale. Le médecin-conseil vous classera alors dans l’une des trois catégories d’invalidité, ce qui déterminera le montant de votre pension de base.

Cette classification est le socle de votre future indemnisation. Elle impacte non seulement le calcul de votre pension, mais aussi vos droits à exercer une activité professionnelle en parallèle. Il est crucial de comprendre que cette décision n’est pas définitive. Si votre état de santé s’améliore ou s’aggrave, une révision de votre catégorie est possible. En cas de désaccord avec la décision initiale, il est possible de la contester. La notification de refus de la CPAM détaille la procédure à suivre, qui passe généralement par une saisine de la Commission de Recours Amiable avant un éventuel recours au pôle social du tribunal judiciaire.

En 2024, le système de pension d’invalidité concerne un nombre significatif de personnes. Comprendre ces catégories est donc la première étape pour anticiper ses futurs revenus.

Les 3 catégories d’invalidité de la Sécurité sociale
Catégorie Définition Taux pension (% salaire annuel moyen) Montant mensuel 2026
Catégorie 1 Invalides capables d’exercer une activité rémunérée 30% Min. 338,31 € – Max. 1 177,50 €
Catégorie 2 Invalides absolument incapables d’exercer une profession quelconque 50% Min. 338,31 € – Max. 2 002,50 €
Catégorie 3 Invalides incapables de travailler + besoin d’assistance tierce personne 50% + majoration Pension cat. 2 + majoration tierce personne

Cette classification administrative est la pierre angulaire de votre protection, mais comme nous allons le voir, elle révèle rapidement ses limites financières.

Pourquoi la pension d’invalidité de la Sécu (50% du salaire plafonné) ne suffit-elle jamais ?

Le principal malentendu concernant la pension d’invalidité réside dans sa base de calcul. Le taux de 50% (pour une invalidité de catégorie 2, la plus fréquente) ne s’applique pas à votre dernier salaire réel, mais à la moyenne de vos 10 meilleures années de revenus, et ce, dans la limite du Plafond Annuel de la Sécurité Sociale (PASS). C’est le piège majeur : si vous gagniez plus que ce plafond, toute la partie de votre rémunération qui le dépassait est purement et simplement ignorée dans le calcul. Il en résulte une chute de revenus mécanique et souvent brutale.

Pour prendre un exemple concret, le calcul de la pension se base sur un plafond annuel de 48 060 € (soit 4 005 € par mois) en 2026. Un cadre qui gagnait 5 000 € net par mois ne verra sa pension calculée que sur la base de 4 005 €. Sa pension maximale sera donc de 50% de ce montant, soit environ 2 002,50 €, entraînant une perte sèche de près de 3 000 € chaque mois. Cette perte de revenu est d’autant plus violente que l’invalidité engendre souvent des coûts supplémentaires.

En effet, au-delà de la perte de salaire, de nouvelles dépenses apparaissent et sont rarement prises en charge intégralement. Ces « coûts cachés » de l’invalidité viennent creuser davantage le déficit budgétaire du foyer. Il ne s’agit plus seulement de « moins gagner », mais de « dépenser plus » pour maintenir une qualité de vie décente. Parmi ces coûts, on peut lister :

  • Les aides à domicile pour les tâches quotidiennes non couvertes par l’Assurance Maladie.
  • L’aménagement indispensable du logement (rampes d’accès, adaptation de la salle de bain).
  • L’adaptation du véhicule pour conserver sa mobilité.
  • Les frais médicaux non remboursés comme les franchises, les dépassements d’honoraires ou certains dispositifs spécifiques.
  • La perte définitive des revenus complémentaires liés à l’activité : primes, heures supplémentaires, avantages en nature (voiture de fonction, etc.).

Cette pension de base constitue donc un socle, mais un socle fragile qui nécessite impérativement d’être consolidé par d’autres dispositifs de prévoyance.

Comment fonctionne le complément de rente de votre prévoyance d’entreprise (et qui paie quoi) ?

Face à l’insuffisance de la pension de la Sécurité sociale, le premier rempart pour les salariés du secteur privé est le contrat de prévoyance collective, souvent rendu obligatoire par la convention collective ou un accord d’entreprise. Son rôle est de verser une rente complémentaire pour combler, en partie ou en totalité, l’écart entre l’ancienne rémunération et la pension d’invalidité. Le financement de ce contrat est partagé : l’employeur prend en charge une partie de la cotisation (au minimum 50% pour les contrats « responsables »), le reste étant prélevé sur le salaire du salarié.

L’invalidité n’est pas qu’une affaire de fin de carrière. Une étude de la CNRACL sur les flux 2023 a montré que 53,4% des invalides ont cotisé moins de 80 trimestres (20 ans), soulignant que le risque peut survenir à tout âge. Le niveau de couverture de la prévoyance d’entreprise est donc un élément critique. Il est défini par la notice d’information du contrat, qui précise le pourcentage du salaire de référence maintenu (par exemple, 80% du salaire brut, incluant la pension de la Sécu). Attention, ici aussi, le diable est dans les détails : le « salaire de référence » peut être limité ou exclure les primes.

Une question fréquente concerne la fiscalité et la déclaration de cette rente complémentaire. La Caisse Régionale d’Assurance Maladie d’Île-de-France (CRAMIF) apporte une clarification importante sur ce point, notamment lors de ses webinaires sur le passage en invalidité :

La prévoyance dans votre situation n’est pas à déclarer lorsqu’elle n’est pas soumise à cotisation. Si la prévoyance est soumise à cotisations et associée à un salaire ou des indemnités journalières, vous devez la déclarer. Sinon, la prévoyoyance est à déclarer dans la partie autre revenu et n’impactera pas votre pension.

– CRAMIF – Caisse Régionale d’Assurance Maladie d’Île-de-France, Webinaire sur le passage en invalidité

Il est donc impératif de se renseigner précisément sur la nature de sa rente de prévoyance pour effectuer les bonnes déclarations et ne pas risquer une révision à la baisse de sa pension de base.

Cependant, même avec ce complément, un autre risque majeur demeure : celui du remboursement de vos crédits, en particulier immobiliers.

Quand l’assurance emprunteur prend-elle le relais pour payer vos mensualités en cas d’invalidité ?

Lors de la souscription d’un crédit immobilier, la banque exige une assurance emprunteur pour se prémunir contre les aléas de la vie, dont l’invalidité. En cas de reconnaissance d’une Invalidité Permanente (partielle, IPP, ou totale, IPT), l’assurance peut prendre en charge le remboursement de vos mensualités. Cependant, l’étendue de cette prise en charge dépend de deux facteurs clés : la quotité assurée et le mode d’indemnisation (forfaitaire ou indemnitaire).

La quotité représente la part du capital que l’assurance couvre pour chaque emprunteur. Si vous empruntez seul, elle est de 100%. En couple, elle peut être répartie (ex: 50/50, 70/30). Une quotité de 100% sur chaque tête offre une protection maximale : si l’un des deux est invalide, l’assurance rembourse 100% de la mensualité. Une quotité de 50% signifie que le conjoint valide devra continuer à payer sa moitié, ce qui peut s’avérer impossible avec la chute de revenus du foyer.

Le deuxième point de vigilance est le mode d’indemnisation. Un contrat forfaitaire rembourse la mensualité selon la quotité, indépendamment de vos autres revenus (pension, rente prévoyance). C’est le mode le plus sécurisant. À l’inverse, un contrat indemnitaire ne couvre que la perte de revenus réelle. Si vos pensions et rentes compensent déjà une partie de votre ancien salaire, l’assurance ne paiera que le complément, voire rien du tout. Cette distinction est l’un des plus grands pièges des contrats d’assurance emprunteur. Une analyse comparative récente met en lumière ces différences cruciales.

Exemple de prise en charge selon le taux d’invalidité et la quotité

Pour une Invalidité Permanente Partielle (IPP) avec une quotité assurée à 100% et des mensualités de 1 000 euros, la prise en charge est directement liée au taux d’invalidité reconnu par l’assureur (généralement entre 33% et 65%). Contrairement à une idée reçue, l’assurance n’attend pas un taux de 100% pour intervenir. Par exemple, si l’expert de l’assurance détermine un taux d’invalidité de 50%, l’assureur prendra en charge une part proportionnelle de la mensualité, soit 500 euros dans ce cas. La prise en charge est donc ajustée au degré réel de l’incapacité.

Une fois la situation stabilisée, une nouvelle question se pose souvent : celle de la reprise, même partielle, d’une activité professionnelle.

Peut-on cumuler une pension d’invalidité avec un petit salaire si on retravaille un peu ?

Oui, il est tout à fait possible de cumuler une pension d’invalidité avec des revenus d’activité, mais sous des conditions très strictes pour éviter une suspension ou une réduction de la pension. La règle principale est celle du seuil de comparaison. La Sécurité sociale compare le total de vos revenus (pension d’invalidité + nouveau salaire) à votre ancien salaire de référence (le salaire perçu avant l’arrêt de travail). Si ce total dépasse votre ancien salaire pendant deux trimestres consécutifs, votre pension d’invalidité sera réduite ou suspendue le trimestre suivant.

Cette règle vise à éviter qu’une personne en invalidité ne gagne plus qu’avant son arrêt. Pour les invalides de catégorie 1, qui sont par définition capables d’exercer une activité, le cumul est la norme. Pour ceux en catégorie 2, la reprise d’une activité, même à temps très partiel, doit être déclarée à la CPAM. Chaque trimestre, vous devez déclarer vos revenus d’activité afin que la caisse puisse vérifier que vous ne dépassez pas le seuil autorisé. Le calcul peut sembler complexe, mais il suit une logique précise.

La situation se complique également si vous vous retrouvez au chômage. Le cumul de la pension avec l’Allocation de Retour à l’Emploi (ARE) dépend de la catégorie d’invalidité, comme le précise MetLife France dans son guide :

La pension d’invalidité de catégorie 1 est intégralement cumulable avec l’allocation de retour à l’emploi (ARE) versée par France Travail. En revanche, le cumul intégral d’une rente d’invalidité de catégorie 2 ou 3 avec les allocations chômage n’est possible que si le salarié touchait simultanément sa rente avec les salaires servant de base de calcul à l’ouverture des droits.

– MetLife France, Guide Prévoyance invalidité et inaptitude après licenciement

Il est donc crucial de bien se renseigner avant d’accepter un poste ou de s’inscrire à France Travail (anciennement Pôle Emploi) pour éviter les mauvaises surprises.

Votre plan pour vérifier le cumul : le calcul du seuil de comparaison

  1. Étape 1 : Identifiez votre salaire de comparaison. Il s’agit du salaire annuel brut moyen de la dernière année civile précédant votre arrêt de travail. Votre CPAM peut vous communiquer ce montant.
  2. Étape 2 : Calculez le total de vos revenus actuels sur une période de 12 mois. Additionnez le montant brut de votre pension d’invalidité et le montant brut de vos nouveaux salaires sur un an.
  3. Étape 3 : Comparez les deux montants. Le total de vos revenus actuels (étape 2) ne doit pas dépasser votre salaire de comparaison (étape 1).
  4. Étape 4 : Anticipez la sanction en cas de dépassement. Si le seuil est dépassé pendant deux trimestres consécutifs, le montant du dépassement sera déduit de votre pension à partir du septième mois, potentiellement jusqu’à la suspension totale.
  5. Exemple concret : Pour un salaire de comparaison de 30 000 €/an et une pension de 10 000 €/an, vous ne pouvez pas gagner plus de 20 000 €/an avec votre nouvelle activité sans voir votre pension réduite.

Si la situation des salariés est complexe, celle des travailleurs indépendants est encore plus précaire s’ils n’ont pas anticipé ce risque.

Pourquoi les indépendants doivent-ils absolument souscrire une prévoyance Madelin (et la déduire de leurs impôts) ?

Pour un travailleur indépendant, un artisan ou une profession libérale, l’équation est radicalement différente. Ne bénéficiant pas d’une prévoyance collective d’entreprise, leur seule protection de base est le régime (souvent minimaliste) de leur caisse professionnelle. En cas d’invalidité, la chute de revenus est quasi systématiquement brutale et vertigineuse. La souscription d’un contrat de prévoyance « loi Madelin » n’est donc pas une option, mais un acte de gestion indispensable et vital pour la survie de leur foyer.

L’avantage majeur de ce dispositif est fiscal. Les cotisations versées sur un contrat Madelin (prévoyance et santé) sont déductibles du revenu imposable, dans une certaine limite. Cet avantage fiscal permet de réduire significativement le coût réel de la protection. Par exemple, selon le dispositif fiscal Madelin en vigueur, un indépendant peut déduire de ses revenus professionnels une enveloppe conséquente, pouvant aller jusqu’à plusieurs milliers d’euros par an, ce qui allège d’autant son impôt sur le revenu.

Exemple de calcul de l’avantage fiscal Madelin

Prenons un indépendant avec un revenu déclaré de 50 000 €. Son disponible fiscal pour les contrats de prévoyance et de santé Madelin est calculé comme suit : 3,75% de son revenu (1 875 €) + 7% du Plafond Annuel de la Sécurité Sociale (3 297 € en 2025, par exemple). Le total déductible atteint donc 5 172 €, soit 431 € par mois. En souscrivant une prévoyance dont la cotisation est de 431 €/mois, il peut la déduire intégralement de son revenu imposable, rendant la protection beaucoup plus accessible.

Cependant, tous les contrats Madelin ne se valent pas. Choisir le bon contrat est crucial et repose sur l’analyse de points techniques qui détermineront le niveau de votre future rente.

Checklist pour auditer votre contrat de prévoyance Madelin

  1. Point 1 – Le barème d’invalidité : Exigez un barème professionnel ou croisé. Un barème « fonctionnel » (basé sur les gestes de la vie quotidienne) peut refuser une rente à un chirurgien qui ne peut plus opérer mais qui peut encore marcher ou écrire. Le barème professionnel évalue l’incapacité à exercer VOTRE métier. C’est le point le plus important.
  2. Point 2 – Le seuil de déclenchement : Vérifiez le taux d’invalidité minimum pour commencer à toucher la rente. Un seuil à 66% est très restrictif. Privilégiez un contrat qui se déclenche dès 15% ou 33%, ce qui vous assure une rente proportionnelle même pour une invalidité partielle.
  3. Point 3 – Le délai de franchise : C’est la période après votre arrêt durant laquelle vous n’êtes pas indemnisé. Elle peut aller de 15 à 180 jours. Une franchise courte (ex: 30 jours) coûte plus cher mais sécurise votre trésorerie. Une franchise de 90 jours est un compromis courant, mais vous oblige à avoir 3 mois de fonds de roulement.

Au-delà de l’invalidité permanente, la période qui la précède, l’arrêt maladie prolongé, est tout aussi critique financièrement.

Comment la garantie ITT complète-t-elle les IJ de la Sécu pour maintenir 100% de votre net ?

Avant d’être potentiellement reconnu en invalidité (un processus qui peut prendre des mois, voire des années), vous passez par une phase d’Incapacité Temporaire de Travail (ITT). Durant cette période, la Sécurité sociale vous verse des Indemnités Journalières (IJ). Celles-ci sont, comme la pension d’invalidité, plafonnées à environ 50% du salaire brut, avec un délai de carence de 3 jours. La perte de revenu est donc immédiate et significative dès le premier mois d’arrêt.

C’est là qu’intervient la garantie ITT, incluse dans les contrats de prévoyance (collectifs ou individuels). Son rôle est de verser un complément aux IJ de la Sécurité sociale pour maintenir un niveau de revenu proche de votre salaire net habituel (souvent entre 80% et 100%). Cette garantie est cruciale pour traverser les premiers mois d’un arrêt maladie long sans subir une catastrophe financière. La chronologie du versement est un point essentiel à maîtriser pour comprendre qui paie quoi, et quand.

Pour certaines professions, notamment libérales, cette garantie est encore plus critique. Comme le soulignent des experts en prévoyance professionnelle, les régimes spécifiques peuvent être bien moins protecteurs que le régime général.

Pour les professions libérales, le régime d’indemnités journalières est souvent très différent. Par exemple, pour les avocats à la CNBF, il existe une carence de 90 jours. Cela rend la garantie ITT privée non pas complémentaire mais vitale et principale.

– Experts en prévoyance professionnelle, Analyse des régimes spécifiques des professions libérales

Le choix de la franchise (le délai avant le début de l’indemnisation par la prévoyance) est donc un arbitrage clé. Une franchise de 30 jours alignée sur la fin du maintien de salaire de l’employeur est souvent un bon calcul pour éviter tout « trou » dans le versement des revenus.

Modes d’indemnisation de l’assurance emprunteur : forfaitaire vs indemnitaire
Type d’indemnisation Mode de calcul Avantages Inconvénients
Remboursement forfaitaire Selon la quotité annoncée dans le contrat (ex: 100% de la mensualité si quotité à 100%) Prise en charge totale indépendante des autres revenus ; simplicité Coût de cotisation généralement plus élevé
Remboursement indemnitaire Prise en charge de la perte des revenus uniquement Cotisation potentiellement moins élevée Peut laisser un reste à charge si d’autres revenus sont perçus (pension Sécu, mi-temps)

Cette vision chronologique montre que le risque financier majeur se cristallise souvent au bout de trois mois d’arrêt.

À retenir

  • La pension d’invalidité de la Sécu est toujours calculée sur un salaire plafonné, créant une perte de revenus mécanique pour les salaires moyens et élevés.
  • Les « trous de couverture » apparaissent entre les délais de carence, les franchises et les définitions d’invalidité qui diffèrent entre la Sécu, la prévoyance et l’assurance emprunteur.
  • Pour les indépendants, le contrat Madelin n’est pas une option mais une nécessité, et son efficacité dépend de clauses techniques (barème professionnel, seuil de déclenchement).

Comment éviter la chute de revenus au bout de 90 jours d’arrêt maladie ?

La période de 90 jours est souvent un point de bascule critique. Pour de nombreux salariés, elle correspond à la fin du maintien de salaire total ou partiel par l’employeur, prévu par la loi ou la convention collective. Passé ce délai, le salarié ne perçoit plus que les indemnités journalières de la Sécurité sociale (environ 50% du salaire plafonné) et le complément de son contrat de prévoyance. C’est à ce moment précis que la réalité de la perte de revenus se matérialise si la couverture est insuffisante. Le risque de voir son niveau de vie chuter drastiquement devient concret.

Cette problématique touche un grand nombre de Français. Le rapport de la Cour des Comptes sur la Sécurité Sociale de 2019 indiquait que près de 820 000 personnes bénéficiaient d’une pension d’invalidité avant l’âge de la retraite en 2017, un chiffre qui illustre l’ampleur du phénomène. Anticiper cette chute de revenus n’est pas du pessimisme, mais un acte de gestion financière responsable. La seule manière de s’en prémunir est de réaliser un audit préventif de sa propre protection sociale.

Cela consiste à ne plus considérer sa protection comme un acquis abstrait, mais à la décortiquer pour en comprendre les forces et, surtout, les faiblesses. Il faut se poser les bonnes questions : Que se passe-t-il concrètement le 91ème jour de mon arrêt ? Mon complément de prévoyance est-il suffisant pour payer mes charges fixes (loyer, crédits, factures) ? Mon contrat couvre-t-il bien une invalidité partielle ? C’est en répondant à ces questions maintenant que vous pourrez agir pour combler les éventuels « trous de couverture » avec une prévoyance individuelle complémentaire.

Plan d’action préventif pour auditer votre protection

  1. Étape 1 : Obtenez la notice d’information détaillée. Demandez à votre service RH ou directement à l’assureur la notice complète de votre prévoyance d’entreprise. Ne vous contentez pas du résumé.
  2. Étape 2 : Calculez votre perte de revenu exacte après 90 jours. Simulez un arrêt : additionnez les IJ de la Sécu et le complément de votre prévoyance. Comparez ce total à votre salaire net actuel et à vos charges fixes incompressibles. Le résultat est votre « reste à vivre » réel.
  3. Étape 3 : Faites évaluer le besoin par un expert. Si l’écart est trop important, consultez un courtier spécialisé ou un conseiller en prévoyance. Il pourra analyser votre contrat existant, identifier les lacunes (franchise trop longue, barème restrictif) et vous proposer une couverture individuelle sur-mesure pour combler précisément le manque.

L’anticipation est votre meilleur atout. Prenez le temps d’analyser les mécanismes pour éviter cette chute de revenus programmée.

Pour mettre en pratique ces conseils, l’étape suivante consiste à obtenir une analyse personnalisée de votre situation. N’attendez pas d’être confronté à la réalité d’un arrêt de travail pour découvrir les failles de votre protection. Agissez maintenant.

Questions fréquentes sur la prévoyance et la pension d’invalidité

Quelle est la différence entre l’invalidité et l’inaptitude ?

Ce sont deux notions distinctes. L’invalidité est une notion de la Sécurité sociale : elle constate une réduction de votre capacité de gain (d’au moins 2/3) sur le marché du travail en général, suite à une maladie ou un accident non professionnel. L’inaptitude est une notion du droit du travail, constatée par le médecin du travail, qui déclare un salarié incapable de tenir son poste de travail spécifique, ce qui peut mener à un licenciement pour inaptitude.

Quel est le montant maximum d’une pension d’invalidité en France ?

Le montant maximum dépend de votre catégorie d’invalidité et du Plafond Annuel de la Sécurité Sociale (PASS). Pour une invalidité de catégorie 2, la pension est de 50% du salaire annuel moyen des 10 meilleures années, plafonné au PASS. En 2026, avec un PASS de 48 060€, le montant mensuel maximum de la pension sera de 2 002,50€, même si vos revenus étaient bien supérieurs.

Peut-on toucher une pension d’invalidité et travailler en même temps ?

Oui, c’est possible, surtout pour une invalidité de catégorie 1. Cependant, le cumul est strictement réglementé. Si le total de votre pension et de votre nouveau salaire dépasse votre ancien salaire de référence pendant deux trimestres de suite, votre pension sera réduite ou suspendue. Il est donc impératif de déclarer toute reprise d’activité à votre CPAM.

Rédigé par Valérie Castanier, Ancienne inspectrice commerciale au sein d'une compagnie d'assurance majeure, Valérie Castanier exerce en tant que courtière indépendante depuis 10 ans. Elle est diplômée de l'École Supérieure d'Assurances (ESA) et experte certifiée en protection sociale du dirigeant et du particulier. Elle audite les garanties de prévoyance pour combler les lacunes des régimes obligatoires.